Mbandaka

image by anne-laure oberson image by: Anne-Laure Oberson

Mbandaka, nous en avons rêvé. Premier chef-lieu de la province de l’Equateur, cette ville moyenne de la République Démocratique du Congo est située au bord du fleuve Congo et croise la ligne de l’équateur. C’est au coeur de sa forêt équatoriale, patrimoine mondial, deuxième poumon de la planète après l’Amazonie que Dicoco et Bebson sont nés dans les années 70. Ils y ont vécu la première partie de leur vie. Dicoco n’est pas retourné à Mbandaka depuis 15 ans. Bebson depuis quatre ans. Eléonore s’est contentée d’écouter les récits : Bebson empruntant le cheval des missionnaires… la chicotte à l’école belge… les chenilles qui font vibrer les feuilles des arbres… Bebson construisant une sorte d’avion pour faire voler Dicoco qui se jetta dans le vide avec son moteur et ses ailes de fortune… C’est à partir de cette brèche qui s’ouvre à la fois dans la mémoire du passé et l’imaginaire du futur présent que nous avons décidé de nous engager dans ce voyage de la pensée et dans une pensée du voyage.

Les grands explorateurs qui ont contribué à la colonisation du Congo comme le portugais Diego Cão (1482), les anglais Tuckey (1816) et Henry Morton Stanley (1869), l’écossais Livingston (1866) et tous les autres traversent nos esprits comme des vieux fantômes. L’occident était fasciné par ces grands personnages, vedettes des époques d’avant le cinéma. Il y eu aussi le romancier Joseph Conrad et son livre polémique «au coeur des ténèbres» écrit après un séjour long et éprouvant sur le fleuve où tant de missionnaires, commerçants, exportateurs d’esclaves, colons, etc.. ont navigué depuis le XVème siècle.

Mbandaka, anciennement «Bonkena», puis «Equateur-Station» est devenue pendant la période coloniale belge «Coquilhatville» en mémoire de Camille-André Coquilhat (1853-1891) vice-gouverneur de l’Etat du Congo pendant un temps. Il avait voyagé avec Stanley et était le fils du général-major Casimir-Erasme Coquilhat (1811-1890), grand spécialiste des pièces d’artillerie dans l’armée Belge, qui en 1873 publiait un article intitulé «Trajectoires des fusées volantes dans le vide». Cet article contenait la formule mathématique de la propulsion par fusée, qui détermine les performances de son fonctionnement dans le vide. Longtemps attribuée à Constantin Tsiokovski (1857-1935), qui l’a (re)découverte vingt-cinq ans plus tard, sa démonstration de mathématique, est l’un des fondements de ce qui sera, au XXème siècle, l’astronautique, la technologie du voyage spatial.

Aujourd’hui, nous savons que lors du lancement d’une fusée, la force d’attraction terrestre est telle qu’il faut la propulser dans l’espace avec une forte énergie. L’intensité de la pesanteur est plus faible à l’équateur qu’aux pôles ce qui modifie d’ailleurs le poids des corps. Donc mathématiquement, il faudra fournir moins d’énergie donc moins de carburant pour libérer la fusée de cette force. L’équateur présente également d’autres caractéristiques pour les lancements de fusées. Notre planète tourne sur elle-même ce qui génère une force centrifuge qui expulse les objets de leur trajectoire. Cette force est très importante à l’équateur et quasiment inexistante aux pôles. Elle diminue l’emprise de l’attraction terrestre sur les engins spatiaux.

Par ailleurs, de nombreux satellites envoyés dans l’espace sont placés sur l’orbite géostationnaire, abrégée GEO (geostationary orbit), une orbite située à 35 786 km d’altitude au-dessus de l’équateur de la Terre. Elle est parfois appelée orbite de Clarke ou ceinture de Clarke, du nom de l’auteur britannique de science-fiction Arthur C. Clarke qui, le premier, eut l’idée d’un réseau de satellites utilisant cette orbite.

Partant de ces constats, nous participerons, dans la partie “overground”, à un projet trans-équatorial mené par les artistes Alejo Duque et Joanna Griffin. Leur projet est ouvert à la réflexion et à des interventions artistique élaborées à partir de la Déclaration de Bogota signée en 1976 par 8 pays traversés par l’équateur, dont la R.D.Congo. Ces pays revendiquent la souveraineté de l’orbite géostationnaire. Cette déclaration questionne les inégalités technologiques et le pouvoir sur ce territoire considéré comme une “ressource naturelle limitée”. Cette orbite est principalement dominé par les Etats-unis et l’URSS. La ceinture de satellites qui s’y trouvent est pensée comme une architecture, on pourrait dire un monument spatial dont les enjeux économiques ne sont pas des moindres. Un de nos objectif est de contribuer à une prise de conscience de ce phénomène orbital avec à la fois sa complexité politique et tout son potentiel poétique. Il n’est pas impossible de pouvoir transmettre les résultats de ce travail sur le Goonhilly Satellite Station et au delà via la plateforme en réseau des artistes Alejo Duque et Joanna Griffin.

La RDCongo est au coeur de la technologique de pointe à travers ses richesses et ses ressources naturelles, le titre provisoire de notre projet “underground, ground, overground” s’articule autour de concepts spatio-temporels et symboliques. L’eau, la forêt, le caoutchouc lequel exporté depuis l’équateur a alimenté l’industrie automobile du début du siècle dernier sans que personne se doute que cette nouvelle puissance de mobilité allait modifier l’organisation politique, sociale et économique du monde et avoir un impact sur le climat. Et puis récemment plus à l’est, les mines de coltan (80%/90% du coltan de la planète se trouve au Congo), cause de guerres et de violences, est un des métaux incontournable pour la construction des téléphones portables et de de toute l’industrie aérospatiale (satellite, missile, etc).

A Mbandaka, il y a à peine quelques heures d’électricité par jour pour 70.000 habitants, une réalité locale très éloignée des oscillations de la haute technologie. Pourtant, un autre rapport au monde existe encore dans cette région Batshwa, nom du peuple appelé “pygmée”qui furent les premiers habitants du Congo et qui n’ont jusqu’à ce jour quasiment aucune représentation auprès du gouvernement. En effet, les batshwas et autres peuples de la région également ont encore des connaissances ancestrales de la nature illimitée quoi que très “perturbés” socialement par la colonisation belge et par les conséquences actuelle de l’industrialisation.

Notre travail se construira au travers de ces réalités et décalages historiques, technologiques, scientifiques, culturels auquels se combinera notre expérience passée, présente et future dans cette région.

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